vendredi 5 février 2016

Le Micro-Kit



3 secondes sans attention
3 minutes sans air
3 heures sans abris
3 jours sans eau
3 semaines sans nourriture


Même si le matériel de survie a largement évolué ces dernières années, le concept de Micro-Kit n’est pas une stratégie récente. Depuis des millénaires, notre espèce a intégré, en plus de la notion d’EDC, ce concept de Micro-Kit dans l’anticipation d’une problématique soudaine et brutale qui nous propulserait dans une dynamique de survie.

L’évolution en milieu naturel comporte certains risques. Les causes de décès les plus fréquentes dans la nature aux Etats Unis sont les chutes…puis l’exposition aux éléments, soit une impossibilité de réguler notre température.




Il y a quelques années, dans l’Est des Etats Unis, un homme décide d’aller faire une petite promenade dans la foret voisine avec ses trois enfants en bas âge et son chien. Cette petite escapade ne doit durer que quelques heures.
Il fait beau.

L’homme en question est un militaire de carrière. Confiant de son environnement et de ses capacités, il n’emporte rien avec lui.

Quelques heures plus tard, et distrait par les explorations de ses enfants, il ne remarque pas que la température ambiante commence a tomber, que le brouillard et la pluie enveloppent la foret, et qu’il s’est éloigné du sentier.

Les corps du père et des trois enfants sont retrouvés le lendemain matin au pied d’un arbre. Seul le chien a survécu.





Mon Micro-Kit de survie reflète mon environnement: le votre sera sans doute différent, et peut très bien s’organiser sur un axe urbain ou spécifique a une mission particulière comme par exemple un voyage dans un pays lointain (a suivre…). 

Mon Micro-Kit “Montana” doit répondre a plusieurs paramètres:

1. Etre assez compact et léger pour qu’il rentre dans une poche de vêtement = toujours sur soi.
2. M’orienter, même grossièrement.
3. Faire du feu = thermorégulation.
4. Signaler ma présence aux équipes de secours.
5. M’offrir un support “bobologique” minimaliste = un truc dans l’oeil, une simple petite coupure a la main, une diarrhée ou un mal de dent peuvent largement détériorer ma volonté ou ma capacité a endurer et survivre.




1. Rasoir pliant d’utilité - Derma-safe
2. Micro Boussole - Suunto
3. Epingle a Nourrisse
4- Aiguille a Coudre
5- Fil Dentaire - 9 mètres
6. Mini Briquet - BIC
7. Tinder-Quik - Adventure Medical Kits
8. Bougie “Magique” (qui ne s’éteint pas)
9. Boite de 20 allumettes Souples
10. Pansement
11. Pommade Triple Antibiotique - Hart
12. Serviette Antiseptique - Curad

13. Boite a pilules en Acier Inox - MagnaKoys :
1 x anti-diarrhéique
1 x anti-histaminique
2 x Micropur Forte - Katadyn
6 x A.I.N.S. - Ibuprofène

14. Chambre a Air
15. Micro Miroir StarFlash - Ultimate Survival
16. Contenant en metal - Altoids
17. Non montrée : une photo de mon épouse


Je n’ai pas besoin de pêcher, de chasser ou plus largement de me nourrir ici. Mon intention n’est pas de vivre dans les bois pendant des jours et des jours, voire des semaines ou des mois a la Robinson…mon intention est d’en sortir vivant le plus rapidement possible.

Comme d’habitude et en terme de prévoyance, le plus important ici reste d’informer une tierce personne de notre itinéraire ou de notre pastille d’exploration, de notre description physique et de notre heure estimée de retour.




lundi 1 février 2016

Interview Marianne - Le Survivaliste


Cette Interview pour le magazine Marianne effectuée en Juillet 2015 n'a jamais été publiée. Je tenais a la déposer sur le blog…




1 – Pourriez-vous rapidement vous présenter (âge, profession, situation familiale, formation ?)

J'ai 42 ans.
Etant donné que le salariat et l'idée de carrière ne m'ont jamais attiré, j'ai exploré pas mal d'environnements professionnels. J'ai été moniteur pour enfant et ados à V.V.F pendant quelques saisons, photographe, tireur et retoucheur à Paris puis à Los Angeles, charpentier pour le cinéma à Hollywood, encadreur pendant pas mal d'années et finalement je me suis mis à mon compte en me spécialisant dans tout ce qui est construction bois: maisons, meubles, terrasses, escaliers, palissades etc.

Entre deux bouts de bois, j'écris aussi.






1 bis – Vous tenez un blog appelé le Survivaliste qui est connu de tous les adeptes du mouvement, quand l’avez-vous lancé, dans quel but ?

Officiellement, j'ai commencé le blog en Aout 2010…mais bien avant sa mise en ligne, je participais déjà à de multiples projets plus ou moins fermés sur ces thématiques larges de prévoyance, de résilience et d'autonomie à l'échelle familiale.

Le blog n'est qu'une suite logique de ce travail de fond qui concerne non seulement les notions de responsabilisation citoyenne face à une urgence quelconque, petite ou grande, personnelle, locale, régionale, nationale ou globale, mais aussi et peut être surtout l'exploration d'une certaine philosophie de vie.

Pour ce qui est du but…il est multiple:

·        Tenter de sensibiliser les gens aux notions de prévoyance, de résilience et d'autonomie et dès lors minimiser la panique et la surenchère que provoque, par sa nature, une situation d'urgence sur la fabrique sociale.

·        Explorer, partager et confronter ma vision du monde ainsi que les enjeux, présents et futurs, auxquels nous nous devons de réfléchir.




2 - Combien de visites enregistrez-vous par jour ou par mois ? D’où viennent vos lecteurs ?

Ah, les mathématiques… !

Les visites dépendent principalement des sujets abordés, de l'actualité, de la fréquence et de la qualité des publications…mais dans sa globalité, le blog a fait plus de onze millions de pages vues en cinq ans.

La provenance des lecteurs reflète la nature polyvalente du blog. Les sujets sont variés, les lecteurs aussi. Certains viennent pour les articles sur la permaculture, la médecine, les énergies alternatives, le matériel, la philosophie…d'autres encore pour les sujets sur la protection personnelle. 

Le dénominateur commun est sans doute la prise de conscience des problématiques actuelles et de la fragilité ambiante.

Cette fragilité est tour à tour économique, psychologique, physique, sociale, alimentaire, environnementale…peu importe. Les lecteurs sont là parce qu'ils sentent et ressentent, à des degrés différents, une certaine incohérence, voire peut-être une certaine schizophrénie concernant la nature de notre monde moderne et les directions adoptées par nos dirigeants et la volonté collective.




3 – Pourquoi vous faites-vous appeler Vol West ?

Dans un premier temps pour protéger notre intimité. Il me parait évident, à l'ère d'internet, que la place publique est largement habitée d'individus lourds. J'en ai croisé pas mal.

C'est donc avant tout une question de légèreté et de détachement.




4 – Vous avez quitté la France pour vous installer aux Etats-Unis, pour quelles raisons, politiques, pratiques… ?

Je n'ai pas quitté la France…je suis venu vivre aux US.

En fait, j'ai eu la chance de visiter les US juste avant mon service militaire. Et lorsque je me suis retrouvé seul avec mon sac à dos à faire de l'auto-stop sur les routes de Californie, de l'Arizona et du Nouveau Mexique…je suis tombé amoureux. Ça a été un coup de foudre. D'abord d'un paysage, d'une lumière, d'une odeur…et puis plus tard d'un rythme et d'une culture.




5 – Comment vous est venu votre intérêt pour les méthodes de survie et l’apprentissage d’un mode de vie basé sur l’autosuffisance et l’autonomie ?

J'ai toujours eu, dans mon caractère, une attirance pour ce que je nomme "indépendance". Il n'est donc aucunement question d'un "intérêt", mais bien d'une force vitale. Je ne suis pas "intéressé", je suis dépassé, poussé, habité...

Par exemple, j'ai très vite développé une profonde méfiance pour l'école…que j'ai toujours intériorisée comme une sorte de formatage obligatoire en vue d'adhérer à un moule qui, en soi, ne me correspond pas.

Si nos natures ne peuvent supporter ou gérer ces formatages, ces abrutissements qui sont de moins en moins subtils, alors il n'y a plus beaucoup d'issues de secours. Apres l'exploration de plusieurs possibilités, dont la soumission et le rejet total, la voie de l'indépendance m'est apparue comme la plus stable, la plus généreuse et surtout la plus durable.

Mais mon parcours est essentiellement intuitif, en évolution permanente.

Les gens ont souvent l'impression que les évolutions sont forcément soudaines, brutales et radicales…ce n'est pas nécessairement vrai. Je ne me suis pas réveillé un matin en me disant "Le monde va mal, je vais être Survivaliste !"…ou encore "l'économie globale va s'effondrer, je vais être Survivaliste !".

Ce ne sont ni la peur ni la colère qui motivent mes intentions de vie…et il n'a jamais été question pour moi de vouloir détruire ou de refuser le système en place dans toute sa complexité, mais bien de construire, en parallèle, une manière de vivre qui m'apparait intelligente et cohérente. Je ne suis pas hors système, mais je ne suis pas dedans non plus. C'est un non-faire. Un non-système.

Au final, je me sens explorateur d'indépendance…et les explorations se font souvent lentement.




6 – Quels sont les auteurs (politiques, intellectuels, économistes, etc.) qui vous ont inspiré et/ou vous inspirent encore et nourrissent votre réflexion ?

Cioran dit une chose merveilleuse à ce sujet:

"Ce qui rend les mauvais poètes plus mauvais encore, c'est qu'ils ne lisent que des poètes (comme les mauvais philosophes ne lisent que des philosophes), alors qu'ils tireraient un plus grand profit d'un livre de botanique ou de géologie. On ne s'enrichit qu'en fréquentant des disciplines éloignées de la sienne. Cela n'est vrai, bien entendu, que pour les domaines ou le moi sévit."

Si mon terrain de jeu, vaste j'en conviens, me sert à explorer le Survivalisme, je dois avouer que je ne porte qu'un intérêt secondaire aux films, publications, forums ou chaines YouTube Survivalistes.

Je dévore principalement, parfois en boucle, Saint-Exupéry, Cioran, Nietzsche, Marc Aurèle, Jung, Krisnamurti, Pessoa…mais aussi énormément de documentations plus ou moins technique sur des méthodes durables de production agricole.

J'aime beaucoup lire les paysans…comme Masanobu Fukuoka ou Joel Salatin.




















7 – Comment vous définiriez-vous politiquement ?

Justement, indépendant !

Même si c'est une particularité française d'introduire la politique en tout, ça ne m'a jamais intéressé…je soupçonne une passion collective, et les passions collectives me dépriment.




8 – Y a-t-il des choses que vous faites quotidiennement, du matériel que vous ne quittez jamais ?

En cette période de Juillet, mon activité principale et quotidienne touche à la production alimentaire. J'arrose. Je bute mes pommes de terre. J'observe, je sens, j'écoute…

Outre les activités cycliques capables de happer toute mon attention comme le jardinage, la chasse ou la cueillette, il y a certains fondamentaux qui sont effectivement quotidiens. C'est par exemple tout ce qui rentre dans ce que l'ACDS (Académie Citoyenne de Défense en Situation) appelle la "Sécurité Personnelle".

Ayant principalement vécu en milieu urbain, j'ai rapidement et intuitivement développé des comportements, des attitudes et finalement des automatismes liés à mon environnement.

Pour le matériel il y a là aussi un certain automatisme, et un minimum syndical que j'ai toujours sur moi comme par exemple:

1- Téléphone portable + chargeur externe:

·    Pour rester en contact avec mes proches.
·    Pour appeler à l'aide / prévenir.
·    Pour faire une photo / filmer : une plaque d'immatriculation / une victime / un boulet…

2- Lampe torche:

·        Pour trouver un truc sous le siège de ma voiture.
·        Pour signaler: ma position / la position d'une victime…
·        Pour éblouir / désorienter un boulet.

3- Sharpie:

·        Pour écrire des trucs.
·        Pour noter l'état physique et psychologique d'une victime en attendant les secours.
·        Pour laisser un message sur n'importe qu'elle surface: béton, bois, peau, pare-brise…

4- Couteau:

·        Pour couper une ceinture de sécurité.
·        Pour visser / dévisser / enfoncer / trouer / percer / faire levier / gratter / décapsuler…et éventuellement couper des trucs.

5- Bombe Lacrymogène:

·        Pour décourager / freiner / stopper, une attaque violente et immédiate: sur ma personne, un proche ou un tiers.
·        Pour contaminer une pastille stratégique: un ascenseur, un couloir ou une cage d'escalier.
·        Pour équilibrer la donne: ils sont plus d'un.
·        Pour éviter, dans un premier temps, de foutre mon portable, ma lampe, mon Sharpie ou mon couteau sur la gueule d'un boulet.




9 – Vous êtes à l’initiative du mouvement RSF, me semble-t-il, en quoi cela consiste ? Avez-vous une idée du nombre d’adeptes « sérieux » en France ?

Le RSF (Réseau Survivaliste Francophone), est à l'origine une pulsion collective qui a pour but de faciliter ce que je considère essentiel lorsque nous parlons de résilience et qui est le lien social.

Je n'ai jamais été adepte de la stratégie du loup solitaire, ou du seul contre tous. Au contraire, je pense que la solidarité, l'entraide et la bienveillance sont naturellement porteurs de résilience, de stabilité et d'indépendance.

Cependant, un des plus gros problèmes qu'il nous faut affronter aujourd'hui est la nature de nos rapports: nos villes et nos campagnes sont noyées d'iPhones et de connections numérisées, mais la solitude et la déconnexion des sens sont devenues maladies courantes.

Il me paraissait donc important de mettre en place un réseau pour déclencher des rencontres et un rapport à l'autre qui ne se résume pas à un "like" sur Facebook, ou un débat stérile sur un forum avec "Albator427".

Les RSF sont donc organisés en départements ou en régions sur Facebook. Chaque page est tenue par un volontaire, et le tout est relié à une page mère servant de lien entre tous les RSF.

Pour ce qui est des mathématiques…je n'en ai aucune idée. Ce qui m'intéresse ne sont pas les quantités de "like", mais la nature des relations développées.




10 -  La vie d’un « survivaliste » demande de l’organisation et des sous pour l’équipement ou est-ce une impression ?

Tout dépend du niveau d'autonomie, de résilience et finalement d'indépendance que l'on veut atteindre et dans quel futur nos esprits se projettent.

Si j'ai une famille composée de 23 personnes, et que je veux survivre à la troisième guerre mondiale, thermonucléaire bien sûr…il va effectivement falloir un budget plutôt conséquent ! Plus la catastrophe anticipée est lourde et dramatique, et plus la logistique sera elle aussi lourde…et dramatique.

A la base, il y a trois univers, c'est les trois "P" :

·        L'univers du possible.
·        L'univers du plausible.
·        L'univers du probable.

Si tout est possible en terme de futur, tout n'est pas plausible et encore moins probable. Mon travail est aussi d'épurer ces univers parfois fantastiques pour n'en extraire que le probable:

·        J'ai plus de chance de perdre mon emploi que de subir l'horreur d'une guerre civile.
·        J'ai plus de chance d'avoir à gérer un incendie à mon domicile (toutes les 90 secondes en France), qu'un effondrement économique brutal et global.
·        J'ai plus de chance que ma commune soit inondée que de la voir envahie par une armée étrangère.
·        J'ai plus de chance d'être la victime d'une crise cardiaque ou d'un accident de la route que de me prendre un ICBM sur la tronche.

Se préparer, comme certains le font, à la résolution d'une problématique germant de l'univers du plausible ou du possible tout en négligeant l'univers du probable, est une stratégie de survie qui m'a toujours épaté.

Les gens font ce qu'ils veulent, mais de ma fenêtre il me parait plus judicieux d'évoluer dans l'univers du probable…ce qui évite par exemple de se retrouver en mauvaise santé, divorcé, endetté et au chômage, mais d'avoir une tenue NBC complète dans le placard et un abri anti atomique sous la pelouse inutile du jardin. Autant rejoindre le cirque Pinder et se reconvertir en clown pour faire rire les enfants.

En fait, l'organisation et l'équipement n'est pas la question. La question est avant tout "comment voulons-nous vivre ?". Catastrophe ou pas.

S'intéresser à développer toujours un peu plus d'indépendance est bien plus qu'une simple réponse instinctive face à l'incertitude générale ou à un quelconque risque d'effondrement. 

Optimiser notre niveau d'indépendance est avant tout l'action consciente de créer, par nous-même, une force intime qui tend à nous émanciper d'infrastructures et de systèmes de supports de plus en plus complexes et fragiles, tout en projetant un rapport au monde plus cohérent, résilient, stable et surtout durable.

Notre intention d'indépendance est alors tournée vers tout ce qui peut permettre d'amplifier, d'optimiser ou de sécuriser une position d'autonomie, plus ou moins grande, envers quatre systèmes "clef de voute":

1.   Le système économique.

Avoir des fonds d'urgence, apprendre un deuxième voire un troisième métier, s'intéresser à la gestion de son propre foyer ou encore faire de la récupération et du recyclage…sont des stratégies qui renforcent notre niveau de résilience et d'indépendance économique. Catastrophe ou pas.

2.   Le système hydrique.

Mettre en place un système de récupération d'eau de pluie, réduire le gaspillage ou encore intégrer des outils de filtration et d'assainissement…sont des stratégies qui renforcent notre niveau de résilience et d'indépendance hydrique. Catastrophe ou pas.

3.   Le système alimentaire.

Produire sa propre nourriture à l'aide d'un jardin potager, s'intéresser à la chasse, la cueillette et la pêche, avoir des réserves alimentaires ou encore développer des rapports sains avec nos fermiers et nos paysans locaux…sont des stratégies qui renforcent notre niveau de résilience et d'indépendance alimentaire. Catastrophe ou pas.

4.   Le système énergétique.

Optimiser l'isolation thermique de nos foyers, s'intéresser aux techniques de chauffage passif, aux énergies renouvelables ou encore intégrer un système de chauffage indépendant du réseau…sont des stratégies qui renforcent notre niveau de résilience et d'indépendance énergétique. Catastrophe ou pas.

Ces stratégies peuvent ne rien couter et surtout elles ne sont pas co-dépendantes d'une catastrophe quelconque pour améliorer la qualité de nos vies au quotidien !






11 – Vous avez co-écrit un livre avec Piero San Giorgio sur la survie en milieu urbain, pourriez-vous expliquer en quelques mots la thèse de l’ouvrage ? Il se vend bien ? Vous êtes amis ?

L'intention de Rues Barbares était d'émettre des solutions de fond, structurelles, concernant le milieu urbain : comment concevoir, développer et maintenir une intention d'autonomie mais aussi de durabilité en ville.

Notez que ce que nous nommons "ville" n'est pas défini comme environnement géographique, mais plutôt comme mode de vie. Ce mode de vie exprime une dépendance qui dépasse le seul milieu urbain. Il est possible de vivre à la campagne, mais d'avoir un mode de vie urbain, c'est à dire dépendant de la totalité des systèmes "clef de voute".

Pour ce qui est des mathématiques…à sa sortie Rues Barbares a été un Bestseller sur Amazon, et continue de se vendre plutôt bien à ma connaissance. Surtout pour un livre qui n'a jamais été pris en compte par la machine médiatique "grand public".




12 – Quelles sont les actualités ou faits récents qui vous confortent dans l’idée qu’il faut être prêt ?

Mais l'idée n'est pas "d'être prêt"…ça ne veut pas dire grand-chose. Prêt à quoi ? Et pour combien de temps ? Je peux être prêt à gérer une coupure d'eau par exemple, mais pendant combien de temps ? Et qu'arrive-t-il si l'urgence n'est pas une coupure d'eau mais la perte de mon boulot, un incendie, une maladie grave ou un accident de la route qui me paralyse a vie ? On ne peut pas être prêt à tout, c'est impossible, ce n'est pas soutenable et surtout ce n'est pas sain.

Le but du jeu n'est pas "d'être prêt", ça c'est du "Prepping" et je ne suis pas "Prepper"…la réelle portée du Survivalisme est de construire de l'indépendance, de l'autonomie, de la résilience, de la durabilité et plus largement de mettre en place des stratégies tentaculaires capables d'élargir et d'optimiser notre champ d'émancipation face à une modernité parfois schizophrène, effondrement ou pas. Catastrophe ou pas.

Maintenant, si il me faut avancer des faits…raréfaction des ressources, urbanisation massive, surconsommation, spéculation bancaire, agriculture intensive, déforestation, homogénéisation et dégénérescence intellectuelle, choc des civilisations, conflits et guerres civiles, pollution, oppression, précarisation, paupérisation, spoliation, violence, inflation, insécurité, chômage, malbouffe…c'est un flux persistant et exponentiel de mauvaises nouvelles, toutes capables, séparément ou conjointement, de cristalliser sur un présent déjà turbulent pour des millions de gens, un futur difficile et incertain pour tous.

Si à ces problématiques lourdes et systémiques nous ajoutons les faits d'actualité comme par exemple: Incident technologique Bhopal / Inde (1984), Incident technologique Tchernobyl / URSS (1986), Inondation et glissement de terrain / Venezuela (1999), Incident technologique AZF / France (2001), Ouragan Katrina / USA (2005), Inondation / Angleterre (2007), Feu de forêt / Californie (2007), Cyclones Domini et Ellie / Australie (2009), Tremblement de terre / Haïti (2010), Tempête Xynthia / Europe (2010), Tremblement de terre + Tsunami + incident technologique / Japon (2011), Emeutes / Londres (2011), Ouragan Sandy / USA (2012), Typhon Haiyan / Philippines (2013), Tremblement de terre / Népal (2015)…alors effectivement, et sans tomber dans la dramatisation gratuite, il y a au minimum de la matière à réflexion.













13 – Est-ce que le survivalisme n’est pas, quelque part, une vision pessimiste et sceptique du monde qui empêche de jouir de la vie comme elle vient ?

Jouir de la vie comme elle vient ? Vous voulez dire comme un riche Romain de l’antiquité ? Avec sandales, robe blanche, partouzes et grappes de raisin ?

Mais…qui jouit de la vie comme elle vient ? Qui n'a pas à payer ses taxes ? A aller chez le dentiste ? A gérer ses besoins physiologiques ? A s'inquiéter de l’avenir de ses enfants ? A vivre avec sa propre médiocrité ? Cette idée de jouir de la vie comme elle vient m'est étrangère…

Survivaliste ou pas, les moments sont ce qu'ils sont. Parfois beaux, parfois moches. Parfois tendres, parfois violents. Parfois riches, parfois pauvres. Parfois stables et parfois chaotiques…

Si vouloir protéger ses proches en construisant, à l'échelle familiale, de la résilience physiologique, psychologique et physique, si produire sa propre nourriture d'une manière cohérente et durable et si avoir une trousse de secours dans la voiture est aujourd'hui synonyme de pessimisme, alors c’est que j'ai perdu toute notion de réalité.

Si j'avais une vision pessimiste et sceptique du monde je ferais tout l'inverse, en commençant par acheter la plus grosse voiture possible, pour consommer le plus d'essence possible. Ensuite je voterais à gauche systématiquement, pour accélérer le processus d'effondrement et de bordélisation, ou à droite systématiquement, parce que je peux être vicieux et vouloir faire durer le truc encore un peu.

Je boufferais des céréales Monsanto le matin, des poulets de batteries Chinoises à midi, et des endives du Chili le soir. Je prendrais l'avion tous les dimanches, pour aller sur les plages du monde regarder les poissons respirer du plastique. Je serais pour le nucléaire, pour toujours plus de taxes, plus de précarité, plus de supermarchés gargantuesques, plus de médicaments, plus d'éducation, plus d'isolation, plus de lois, plus de restrictions, plus de pesticides, plus de Taylor Swift, plus de désinformation, plus de guerres, plus de dépendance…toujours plus.

Je ne suis ni pessimiste, ni optimiste…ni sceptique, ni mouton. Je suis un citoyen du monde qui regarde son univers : Peut mieux faire.